Dans sa dernière note de conjoncture, l’Insee dessine un contexte 2026 de croissance française modérée, portée par l’industrie exportatrice mais pénalisée par le choc énergétique, l’érosion du pouvoir d’achat et un investissement public en recul, ce qui appelle une vigilance particulière des collectivités locales sur leurs choix d’investissement et leurs politiques tarifaires.
Une croissance française en petite vitesse
En 2026, le PIB français progresserait de 0,7% en moyenne annuelle, après 0,9% en 2025, corrigé des jours ouvrés. L’activité resterait tirée par l’industrie manufacturière, en particulier l’aéronautique et la construction navale, tandis que les services demeurent plus atones. La contribution de la demande intérieure se limiterait à 0,5 point de croissance, signe d’un moteur domestique affaibli. Le commerce extérieur redeviendrait un soutien net à l’activité, avec une contribution de +0,5 point, après -0,2 point en 2025, grâce aux livraisons aéronautiques, navales et de défense. En contrepartie, les variations de stocks deviendraient négatives et amputeraient la croissance de 0,2 point. Pour les territoires, cela signifie un environnement globalement porteur pour les filières exportatrices, mais sans dynamique généralisée de l’économie locale.
Ménages : consommation freinée, pouvoir d’achat en recul
La consommation des ménages stagnerait en 2026 (+0,2% après +0,5%), pénalisée par un recul du pouvoir d’achat pour la deuxième année consécutive (-0,4% en 2026, après -0,4% en 2025). Cette fois, la baisse provient essentiellement de la poussée inflationniste, et non plus d’un simple ajustement des revenus du capital. Les ménages ajusteraient leurs dépenses arbitrables, ce qui pèserait sur certains commerces, services et activités de loisirs.
La consommation de produits manufacturés serait globalement stable, avec une chute des dépenses en carburants mais un dynamisme des achats de voitures, notamment électriques, sous l’effet de la hausse des prix des énergies fossiles. Les dépenses d’énergie pour le logement diminueraient, notamment en raison d’un printemps plus clément, ce qui atténue légèrement la facture globale. Pour les collectivités, la combinaison « carburants chers – arbitrages budgétaires des ménages » pourrait se traduire par une sensibilité accrue aux tarifs des services publics locaux et aux coûts de mobilité.
Investissement : coup d’arrêt public, reprise sélective du privé
L’investissement total ralentirait nettement en 2026 (+0,3% après +0,7%), en particulier sous l’effet du repli de l’investissement public et du retour à la baisse de l’investissement des ménages. L’investissement des administrations publiques continuerait de reculer (-0,4% par trimestre), notamment en construction, en lien avec le cycle électoral municipal, malgré la hausse des dépenses militaires. Ce recul de la commande publique pèsera sur les secteurs du BTP et sur certains projets structurants dans les territoires.
Côté ménages, l’investissement en construction resterait dynamique grâce au logement neuf, mais l’investissement en « services » (frais de notaires et d’agences dans l’ancien) poursuivrait sa baisse, freinée par la remontée des taux des crédits immobiliers. L’investissement des entreprises non financières progresserait faiblement (+0,5% sur l’année), avec des achats de biens en recul (-0,6%) mais des services toujours dynamiques (+2,4%) et une construction encore en baisse. Les projets locaux mobilisant des partenaires privés devront donc composer avec des conditions de financement plus coûteuses et des entreprises plus sélectives dans leurs engagements.
Choc énergétique, inflation et tensions sur le financement
La guerre au Proche-Orient, la fermeture du détroit d’Ormuz (NDLR depuis réouvert) et la flambée du prix du baril ont ravivé les tensions inflationnistes mondiales, avec un Brent autour de 85 dollars jusqu’à la fin 2026, contre environ 60 fin 2025. Ce choc se diffuse aux prix à la production et aux délais de livraison, recréant des goulets d’étranglement dans plusieurs secteurs industriels.
Dans la zone euro, l’inflation harmonisée atteindrait 3,5% fin 2026, avec une contribution marquée de l’énergie ; en France, elle se situerait autour de 3%.
Les marchés obligataires ont réagi, avec des taux souverains à 10 ans proches de 3,7–3,8% pour la France en mai-juin 2026, ce qui renchérit le coût du capital pour les entreprises comme pour les acteurs publics. Les taux des nouveaux crédits d’investissement aux entreprises non financières avoisinent 3,7% au printemps 2026 et continueraient de grimper, répercutant les tensions obligataires. Les collectivités devront intégrer ce contexte de taux durablement plus élevés dans leurs arbitrages d’endettement et de phasage des opérations.