D’après une déclaration émanant de la Fédération Syntec*, la commande publique d’ingénierie a connu en 2025 son plus fort recul depuis la crise sanitaire. Alors que la France des Trente Glorieuses a su bâtir bon nombre des infrastructures que nous utilisons encore aujourd’hui, celle-ci estime que nous n’avons jamais aussi peu préparé l’avenir.
Au lendemain des élections municipales, Syntec-Ingénierie appelle les pouvoirs publics à réinvestir dans nos villes et nos infrastructures. C’est indispensable pour soutenir la croissance économique et renforcer notre pays dans un contexte international de plus en plus incertain.
Un recul historique de la commande publique
Les derniers chiffres des marchés publics d’ingénierie, issus de l’étude annuelle réalisée par Vecteur Plus pour Syntec-Ingénierie, sont sans appel : en 2025, le marché chute de 15 % en valeur par rapport à 2024. Corrigés de l’inflation, ces chiffres ramènent la commande publique d’ingénierie à son niveau d’avant la crise du Covid-19, effaçant six années de progression. Le bâtiment est le segment le plus durement touché, avec un effondrement de 27 % en valeur.
La France a cessé de bâtir ou même de maintenir son patrimoine
Durant les Trente Glorieuses, l’État et les collectivités territoriales ont bâti des réseaux de transports, d’eau et d’électricité, des équipements scolaires et hospitaliers qui structurent encore notre territoire. Ce patrimoine est insuffisamment entretenu et sa vulnérabilité est renforcée par le changement climatique. La « dette grise », ce passif invisible lié à des décennies de sous-investissement, ne cesse de s’alourdir. Comme l’a rappelé la Cour des comptes, le coût de l’inaction dépasse très largement celui de l’investissement préventif.
L’effet municipales : quand les communes cessent d’investir
Le scrutin municipal de mars 2026 a produit ses effets bien avant le jour des élections. Les communes, premiers investisseurs publics du pays, n’assurent plus le financement que de 36 % du volume de projets à l’échelon local, contre 41 % en moyenne sur cinq ans. Ce phénomène classique de fin de mandat a pris une ampleur inédite sous l’effet des contraintes budgétaires. L’ingénierie est un indicateur avancé du BTP : généralement, quand les études reculent, les chantiers suivent un an plus tard. Le décrochage de -15 % en 2025 laisse présager une contraction significative de l’activité de construction et d’infrastructures en 2026 et 2027.
Réinventer nos villes, relancer l’investissement
Les nouvelles équipes communales et intercommunales ont une responsabilité historique. Les collectivités locales portent 56 % du volume et 47 % des montants de la commande publique d’ingénierie. Rénovation énergétique des bâtiments, modernisation des transports publics, adaptation des réseaux au changement climatique, requalification des centres-villes et bourgs : les chantiers ne peuvent plus attendre.
Syntec-Ingénierie plaide pour une politique d’investissement structurée autour de trois piliers : la sécurisation des projets déjà engagés, pour éviter un « stop-and-go » destructeur, l’évaluation systématique du coût de l’inaction et une programmation pluriannuelle des infrastructures pour garantir la continuité des investissements.
*Syntec-Ingénierie : avec près de 400 entreprises adhérentes et 13 délégations régionales, Syntec-Ingénierie est la fédération professionnelle de l’ingénierie. Elle fédère les entreprises de prestation intellectuelle scientifique et technique au cœur des enjeux environnementaux, industriels et d’aménagement des territoires.