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Ondes Urbaines

Finances

Situation des finances publiques début 2026



La Cour des comptes a tiré la semaine passée la sonnette d’alarme sur la situation des finances publiques françaises à la dérive, malgré un léger infléchissement du déficit en 2025, et appelle à des efforts plus conséquents dès 2026, qui concerneront aussi les collectivités locales.

Un déficit encore massif, malgré un premier palier en 2025
En 2025, le déficit public devrait atteindre 161 milliards d’euros, soit 5,4% du PIB, contre 5,8% en 2024. La France évite ainsi un troisième « faux départ » consécutif dans le redressement des comptes, mais la réduction du déficit reste « modeste » et largement en deçà de l’objectif initial de 5 % affiché à l’automne 2024. Surtout, cette amélioration repose quasi exclusivement sur des hausses d’impôts, pour environ 23 milliards d’euros, et non sur une maîtrise de la dépense.
La Cour souligne que 2023 et 2024 ont été deux « années noires », marquées par une dégradation inattendue du déficit hors choc macroéconomique, qui a éloigné la perspective d’un retour sous les 3% du PIB et renchéri le coût de l’ajustement à venir. Le déficit français reste ainsi le plus élevé de la zone euro, tandis que le pays se situe au troisième rang des États les plus endettés, derrière la Grèce et l’Italie.

Une dette à un niveau record et une charge d’intérêts en forte hausse
Avec un déficit encore supérieur à 5% en 2025, la dette publique atteindrait 116,3% du PIB, dépassant le pic de 2020, soit environ 3 465 milliards d’euros, en hausse de 160 milliards sur un an. La stabilisation de la dette aurait exigé un déficit limité à 2,2% du PIB, très loin du niveau actuel.
La charge d’intérêts progresse rapidement : elle avoisinerait 65 milliards d’euros en 2025, déjà au-dessus des budgets de l’enseignement scolaire ou de la défense, et pourrait dépasser 100 milliards d’ici 2029 avec le refinancement de la dette à des taux plus élevés. La Cour met en garde contre un « cercle vicieux » où la dégradation des comptes conduit à une prime de risque plus forte, donc à des taux et une charge d’intérêts plus lourds, qui imposent ensuite des efforts budgétaires encore plus douloureux.

2026 : objectif de déficit revu à la baisse, trajectoire encore fragile
Pour 2026, l’objectif de déficit a été progressivement relevé à 5,0% du PIB, contre 4,7% prévus initialement, après le vote de la loi de financement de la sécurité sociale qui a réduit les économies, notamment en renonçant au doublement des franchises médicales et au gel des prestations sociales. Le texte sur lequel le Gouvernement a engagé sa responsabilité combine désormais, à parts à peu près égales, hausses d’impôts (environ 12 milliards) et modération de la dépense primaire, limitée à +0,3% en volume, un niveau inédit depuis la crise sanitaire.
La Cour considère toutefois que cet objectif reste entouré de forts aléas, à la fois en recettes (adaptations des comportements fiscaux sur la surtaxe d’impôt sur les sociétés, incertitudes sur le rendement de la lutte contre la fraude, inflation plus faible) et en dépenses (risques sur l’ONDAM, sur les indemnités journalières, sur la capacité de l’État et de ses opérateurs à réaliser les économies annoncées). Même atteint, un déficit de 5% entraînerait encore une hausse d’au moins deux points du ratio de dette en 2026, jusqu’à 118,6% du PIB.

Ce que la Cour attend pour les années à venir
Selon la Cour, il reste de l’ordre de 80 milliards d’euros d’efforts à produire pour ramener le déficit sous le seuil de 3% du PIB, en plus de ce qui est déjà engagé pour 2025 et 2026. Compte tenu d’un taux de prélèvements obligatoires déjà le plus élevé de la zone euro, ces efforts ne pourront plus reposer principalement sur les hausses d’impôts, sous peine de peser sur la compétitivité, l’emploi et l’acceptabilité sociale.
L’institution appelle donc à un effort graduel, mais soutenu, de réduction du déficit, fondé sur des économies structurelles, notamment pour absorber la hausse tendancielle des charges d’intérêts et des dépenses sociales liées au vieillissement. Même avec un ajustement ambitieux de 0,6 point de PIB par an à partir de 2027, conforme aux engagements européens, la France ne retrouverait en 2035 que le niveau de déficit de 2025, ce qui montre le coût du temps perdu.

Collectivités locales : contribution au redressement et pression à venir
Pour les collectivités, la Cour constate qu’en 2025, la dépense locale en volume progresse moins vite que la dépense de l’État et que la sphère sociale, et contribue légèrement à la réduction du déficit, via un ralentissement des dépenses de fonctionnement et, surtout, d’investissement, dans un contexte de contraintes financières accrues pour les départements et régions.
Pour 2026, la prévision de dépenses locales hors transferts est ramenée à 333 milliards d’euros, soit une hausse de 1,2% en valeur et une baisse de 0,3% en volume. La Cour anticipe un repli de l’investissement, en cohérence avec le cycle électoral communal, et une progression des dépenses de fonctionnement d’environ 2% en valeur, soit 0,5% en volume, plus faible que la croissance de l’activité. Autrement dit, la contribution de la sphère locale au redressement repose surtout sur la contraction de l’investissement et une modération durable des charges de fonctionnement.
Les maires sont donc prévenus : la combinaison d’une dette nationale très élevée, d’une charge d’intérêts croissante et d’objectifs européens plus contraignants rend inévitable une pression accrue sur la dépense publique locale dans les prochaines années. La Cour laisse clairement entendre que la soutenabilité des finances publiques passera par des choix structurants sur les priorités locales, l’investissement, les services et l’organisation territoriale.

Téléchargez le rapport de la Cour des Comptes

n°503

27 Fév 2026




Directeur de la publication
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Directeur délégué de la publication
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Rédactrice en chef
Albane Ricord Siwiecki

Rédaction
Armand Pinoteau, Anaëlle Chouillard

Secrétariat
Anissa Ghaidi