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Ondes Urbaines

Interview de la semaine

Trois questions à Benoit Parizet, Directeur général adjoint de Docaposte, en charge du secteur public



Quels défis majeurs les territoires doivent-ils relever pour accélérer leur transformation numérique ?
Les territoires doivent relever plusieurs défis pour accélérer leur transformation numérique, mais l'humain reste au cœur. Tout d’abord, le développement des compétences numériques est primordial : la formation continue et l’accompagnement à la montée en puissance des équipes locales sont essentielles pour garantir la réussite des projets. Sans une montée en compétences suffisante des agents, l’intégration de technologies avancées risque d’échouer. Or, les territoires, en particulier les plus petits, peuvent rencontrer des difficultés à mobiliser des ressources suffisantes.
Outre les moyens humains, et les nécessaires investissements dans la formation, les territoires doivent également investir dans les infrastructures. Il ne s'agit pas seulement de déployer des réseaux, mais aussi de sécuriser les données et de garantir leur résilience face aux cybermenaces. Les territoires doivent également prendre en compte la question de leur autonomie numérique, en réduisant leur dépendance à des acteurs étrangers pour les infrastructures critiques et l’hébergement des données en particulier. Clairement, le défi de la souveraineté est indissociable de la transformation numérique du secteur public.
Enfin, l’enjeu culturel ne doit pas être sous-estimé. Les réticences au changement peuvent demeurer au sein des collectivités locales, qui peinent à mesurer les bénéfices du numérique à long terme, surtout dans un contexte budgétaire compliqué où les investissements peuvent être freinés. Il est donc crucial de les accompagner dans la compréhension des enjeux et des bénéfices que le numérique peut leur apporter, ainsi que dans la définition des investissements adaptés à leurs besoins spécifiques.

Quelles opportunités concrètes les nouvelles technologies, notamment l’IA, offrent-elles aux collectivités et aux acteurs territoriaux ?
Tout d’abord, l’intelligence artificielle ouvre de nombreuses opportunités pour les collectivités en matière d’efficacité opérationnelle, notamment grâce à l’automatisation de tâches répétitives et chronophages. Par exemple, c’est une aide précieuse dans la retranscription d’assemblées, pour la publication d’actes, voire l’instruction de dossiers. Les usages de l’IA se diversifient et cette technologie s’impose ainsi de plus en plus comme un levier concret pour gagner du temps, fiabiliser les procédures et recentrer les agents sur leurs missions essentielles. In fine, l’IA permet d’améliorer la performance globale de l’administration.
L’IA est également utile pour améliorer la relation au citoyen, par exemple en déployant des outils intelligents, comme les chatbots, qui permettent aux administrations de répondre de manière plus rapide et plus précise aux demandes des usagers, et de traiter un large éventail de requêtes.
Sur le plan économique, l’IA permet une meilleure gestion des ressources publiques, notamment en optimisant la planification budgétaire et en réduisant les coûts : des enjeux forts pour les acteurs publics, dans un climat économique tendu.
Enfin, l’IA tient une place centrale dans la lutte contre la fraude, un enjeu majeur du secteur public. Alors que les méthodes traditionnelles montrent leurs limites pour prévenir et détecter des fraudes de plus en plus nombreuses et sophistiquées, l’IA le fait de manière plus massive, mais aussi plus fine et ciblée. En analysant et croisant de vastes volumes de données issues de différentes sources, elle permet aux administrations de repérer plus facilement des irrégularités, renforçant au passage la sécurité et l’intégrité des services publics, et la confiance que les citoyens y placent.

Quels risques ou points de vigilance faut-il garder à l’esprit face à l’accélération du numérique ?
Le principal risque est de considérer que le numérique se résume à déployer des projets techniques, alors qu’il s'agit d'une véritable stratégie de transformation. Il est donc essentiel d’inclure tous les acteurs locaux dans ce changement, en prenant en compte leurs contraintes et en garantissant une adoption durable des nouvelles pratiques.
Ce n’est qu’en combinant intelligemment services numériques et physiques que le défi de la modernisation de l’action publique pourra être relevé pleinement.
Un autre point de vigilance important concerne les risques éthiques et la protection des données avec le développement de l’adoption de l’IA. Cette dernière nécessite une gestion rigoureuse des données collectées par les acteurs publics et leurs services car la transformation numérique du secteur public ne peut se faire que dans un cadre éthique et responsable.
Les collectivités doivent mettre en place des cadres de gouvernance robustes pour garantir la conformité avec les réglementations, comme le RGPD, et éviter des biais dans l’analyse des données. Assurer la transparence et la responsabilité dans le traitement et l’usage des données est essentiel.
Enfin, la question de la cybersécurité est incontournable car la surface d'attaque augmente mécaniquement avec l’adoption de certaines technologies comme l’IA. Pour s’en prémunir, il est impératif de renforcer les systèmes d’information, d'assurer une formation continue des équipes et de mettre en place des stratégies de prévention et des protocoles de réponse rapide en cas d’incident.

n°493

04 Déc 2025




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